Papa Yaya : Franck Salin remet une mémoire guadeloupéenne en mouvement
Vingt ans après la disparition de Gérard Lauriette, dit « Papa Yaya », Franck Salin choisit le théâtre pour faire réentendre la voix de cette personnalité singulière de l’histoire guadeloupéenne. Avec L’extraordinaire et véritable histoire de Papa Yaya, interprétée par Yohann Pisiou, il ne s’agit pas seulement de raconter un destin : il s’agit de remettre une mémoire en mouvement.
Faire revenir Papa Yaya sur scène
Paris, hiver 1967. Gérard Lauriette est enfermé à la prison de la Santé, loin de sa Guadeloupe natale. Il proteste contre ses juges, proclame son innocence et tente de convaincre qu’il n’est pas cet homme dangereux ou déraisonnable que certains voudraient voir en lui.
C’est depuis cette cellule que Franck Salin construit son récit. Peu à peu apparaissent les différentes vies de celui que l’on surnommait Papa Yaya : l’instituteur, le défenseur de la langue créole, le penseur, le militant, le prisonnier politique, l’élu, mais aussi l’homme, volontiers provocateur et doté d’un solide sens de l’humour.
Yohann Pisiou porte seul cette présence sur scène. Pendant une heure trente, le comédien donne corps et voix à une personnalité dont le parcours traverse plusieurs décennies de l’histoire contemporaine de la Guadeloupe.
Gérard Lauriette, une vie hors des chemins tracés
Gérard Lauriette naît le 23 février 1922 à Trois-Rivières, en Guadeloupe. Élève brillant, il intègre l’École normale de Pointe-à-Pitre et en sort major à l’âge de 19 ans.
Devenu instituteur, il remet notamment en question un enseignement exclusivement fondé sur le français dans une société où le créole est pourtant la langue quotidienne d’une grande partie des enfants. Il introduit le créole dans sa pratique pédagogique à une époque où son usage est fortement combattu dans l’institution scolaire.
C’est précisément cette dimension que Franck Salin souhaite aujourd’hui faire entendre sur scène : la voix d’un homme qui s’est battu pour sa liberté et sa dignité, mais aussi celle d’un instituteur longtemps incompris qui, le premier en Guadeloupe, a cherché à adapter l’enseignement à la culture et aux réalités de son île.
Après son éviction de l’Éducation nationale, il crée l’Institution Lauriette, une école privée dans laquelle il développe sa propre méthode pédagogique et utilise notamment le créole pour accompagner les apprentissages.
Son parcours ne s’arrête pas à l’enseignement. Gérard Lauriette s’engage également dans la vie publique et politique et devient maire de Capesterre-Belle-Eau de 1983 à 1989.
Pour aller plus loin : consulter la notice consacrée à Gérard Lauriette sur Manioc, bibliothèque numérique de l’Université des Antilles .
Des souvenirs personnels aux archives
Pour Franck Salin, cette création ne naît pas d’une rencontre tardive avec un personnage historique.
Enfant puis adolescent en Guadeloupe, dans le sud de la Basse-Terre, il croise à plusieurs reprises Gérard Lauriette. Le souvenir demeure : celui d’un homme à la présence physique imposante, au verbe haut, passionné, volubile, capable de susciter aussi bien l’admiration que la controverse.
Des années plus tard, l’auteur décide d’aller au-delà de ses propres souvenirs. À Paris, il consulte à la Bibliothèque nationale de France les écrits et la correspondance de Gérard Lauriette. Il rencontre également plusieurs de ses proches et de ses enfants ainsi que des personnes ayant connu ou étudié son parcours.
Le théâtre devient alors le lieu où se rencontrent la mémoire personnelle, les archives et les témoignages. Non pour figer Papa Yaya dans une image définitive, mais pour restituer la complexité d’un homme et d’une époque.
Franck Salin, des histoires pour transmettre
Avec Papa Yaya, Franck Salin poursuit un travail dans lequel l’écriture et la scène deviennent des espaces de transmission.
« J’ai écrit et mis en scène cette pièce de théâtre pour faire découvrir et entendre la voix d’un homme qui s’est battu pour sa liberté et sa dignité, la voix d’un instituteur longtemps incompris. »
Cette démarche résonne particulièrement avec une autre de ses créations : OLYMPE, pièce dont il est l’auteur et qu’interprète notamment Firmine Richard.
Franck Salin est aujourd’hui l’un des piliers artistiques du projet OLYMPE – Paroles, musiques & mémoires et membre du comité artistique consultatif de NATIBEL.
Papa Yaya et Olympe de Gouges appartiennent évidemment à des époques, des territoires et des histoires profondément différents. Il ne s’agit pas de les confondre. Mais derrière ces deux créations, un même geste artistique apparaît : faire revenir sur scène des voix, des engagements et des trajectoires pour les transmettre au présent.
→ Découvrir OLYMPE – Paroles, musiques & mémoires sur EliteLink
Une création au cœur du Festival Mois Kréyol
L’extraordinaire et véritable histoire de Papa Yaya est programmée dans le cadre de la 10e édition du Festival Mois Kréyol, rendez-vous consacré aux langues et aux cultures créoles.
Créé en 2017, le festival déploie cette année sa programmation sur douze territoires, dans l’Hexagone comme aux Antilles-Guyane. Cette édition anniversaire est placée sous le thème « Marronnage et création » et met notamment en avant la transmission, les mémoires et les différentes expressions artistiques des cultures créoles.
Dans ce contexte, le retour de Papa Yaya sur scène prend une résonance particulière : celle d’une histoire guadeloupéenne qui voyage, se raconte et continue d’interroger le présent.
De Paris à la Guadeloupe
Les premières représentations auront lieu à L’Auguste Théâtre, dans le 11e arrondissement de Paris, les 2, 3, 9, 10 et 11 octobre 2026.
La pièce rejoindra ensuite la Guadeloupe pour plusieurs représentations entre le 24 octobre et le 5 novembre 2026, à Pointe-à-Pitre, au Moule, au Lamentin et à Baie-Mahault.
Au moment où Franck Salin nous communique ces dates, la billetterie de la tournée guadeloupéenne n’est pas encore ouverte. D’autres représentations pourraient également venir compléter cette programmation.