Pyrénées-Orientales : quand l’économie bleue rencontre le patrimoine et la biodiversité
REGARDS DE TERRITOIRES · PYRÉNÉES-ORIENTALES · 2026
Pyrénées-Orientales : quand l’économie bleue rencontre le patrimoine et la biodiversité
Des ports d’Occitanie au Parc naturel marin du golfe du Lion, le littoral catalan révèle une richesse qui dépasse largement ses paysages. Entre innovation, activités maritimes, traditions et protection du vivant, un territoire cherche à conjuguer développement économique et préservation de son patrimoine naturel.
La Méditerranée, bien plus qu’un horizon Un territoire économique, vivant et culturel
L’économie bleue dans les Pyrénées-Orientales prend tout son sens entre les ports du Roussillon, les paysages de la Côte Vermeille et les espaces protégés du golfe du Lion. Sur ce territoire, la Méditerranée est bien davantage qu’un horizon : elle représente une richesse économique, environnementale, scientifique et culturelle.
Pour les visiteurs, elle évoque les plages, les criques, les ports et les paysages baignés de lumière. Pour celles et ceux qui y vivent et y travaillent, elle représente bien davantage : un espace économique, un patrimoine naturel, un lieu de recherche, d’innovation et de transmission.
Derrière les bateaux de plaisance, les embarcations de pêche et les installations portuaires se déploie tout un écosystème d’entreprises, de métiers et de compétences.
Mais cette richesse soulève une question fondamentale : comment continuer à vivre de la mer tout en préservant les équilibres naturels dont dépend son avenir ?
L’économie bleue apporte une partie de la réponse. Elle invite à considérer ensemble les activités maritimes, l’utilisation durable des ressources, l’innovation et la protection des écosystèmes.
L’économie bleue ne commence pas au large : elle prend aussi naissance dans les ports, les laboratoires et les bassins versants qui rejoignent la Méditerranée.
01 · LE RENDEZ-VOUS
Blue Tech Show 2026 Canet-en-Roussillon au rendez-vous de l’économie bleue
Les 20 et 21 octobre 2026, Canet-en-Roussillon accueillait la quatrième édition du Blue Tech Show, organisée par la Chambre de commerce et d’industrie des Pyrénées-Orientales, en partenariat avec la Ville.
Le thème retenu, « De la source à la Méditerranée : un avenir durable », résumait une ambition qui dépasse le seul littoral : penser l’économie bleue depuis les bassins versants jusqu’aux espaces maritimes.
Le programme réunissait entreprises, chercheurs, collectivités, acteurs de l’innovation et professionnels de la mer autour de plusieurs grands enjeux : les sciences du vivant, l’écoconception, la gestion durable du nautisme, les ports intelligents et la logistique maritime.
Parmi les personnalités présentes lors de la première journée figurait Gunter Pauli, entrepreneur et promoteur de l’économie bleue, dont les travaux proposent de repenser les modèles économiques à partir des ressources locales et des mécanismes observés dans la nature.
Cette réflexion prolonge notre rencontre avec Gunter Pauli, auquel EliteLink a consacré un portrait dans sa rubrique Regards d’acteurs. Cet échange permet de mieux comprendre les principes d’une économie bleue fondée sur les ressources locales, l’innovation et la création de valeur.
Mais l’intérêt du Blue Tech Show ne réside pas seulement dans les conférences et les technologies présentées. Il tient également à sa capacité à rapprocher des univers parfois éloignés : l’industrie nautique, la recherche scientifique, la gestion de l’eau, les collectivités et les acteurs de la protection environnementale.
Une conviction semble progressivement s’imposer : l’avenir de l’économie maritime dépendra autant de notre capacité à innover que de notre aptitude à préserver les ressources naturelles.
02 · LES ACTIVITÉS
Les ports, bien davantage que des anneaux Une mosaïque d’activités et de métiers
On imagine volontiers les ports de plaisance comme des lieux de loisirs et d’escales. Ils sont pourtant aussi des espaces économiques où se croisent entreprises, emplois, services, savoir-faire et investissements.
Le territoire maritime des Pyrénées-Orientales présente une diversité remarquable.
À Canet-en-Roussillon, le port associe plaisance et filière nautique spécialisée. Autour des bassins se développent la construction et la réparation navales, la maintenance, les équipements et les services aux plaisanciers.
Saint-Cyprien et Argelès-sur-Mer constituent également des pôles importants de plaisance et d’activités touristiques.
Sur la Côte Vermeille, les ports de Collioure, Port-Vendres et Banyuls-sur-Mer témoignent d’une autre relation à la mer, où la pêche, les traditions et les activités portuaires s’inscrivent dans une histoire plus ancienne.
Port-Vendres occupe une place particulière avec son activité commerciale, qui participe aux échanges maritimes et à la logistique régionale.
Une économie à plusieurs visages
Plaisance, pêche, commerce, construction navale, recherche, tourisme et préservation des milieux : l’économie bleue se comprend comme un ensemble d’activités interdépendantes plutôt que comme une filière unique.
Canet-en-Roussillon : un pôle nautique tourné vers l’innovation
La présence d’entreprises comme Catana et Windelo illustre le développement d’une filière industrielle spécialisée dans les multicoques.
Construction navale, recherche de matériaux adaptés, écoconception et évolution des modes de propulsion constituent autant de domaines dans lesquels les entreprises du territoire cherchent à se positionner.
Cette activité industrielle rappelle que la mer génère aussi des emplois qualifiés, des compétences techniques et des possibilités d’innovation bien au-delà des seuls services touristiques.
03 · UN ACTEUR DU TERRITOIRE
Serge Pallarès Faire dialoguer les ports et la protection du vivant
Au croisement de ces enjeux, Serge Pallarès occupe une position singulière.
Président de l’ Union des Villes Portuaires d’Occitanie (UVPO) , réélu en juin 2026, il préside également depuis juillet 2022 le conseil de gestion du Parc naturel marin du golfe du Lion .
Ancien directeur du port de Saint-Cyprien, il possède une expérience directement liée aux réalités portuaires.
Cette double responsabilité symbolise une évolution importante : le développement économique et la protection de la biodiversité ne peuvent plus être envisagés comme deux politiques indépendantes.
L’UVPO accompagne les ports dans leurs transformations, qu’il s’agisse de gestion des infrastructures, de transition écologique, d’évolution des services ou de formation.
Le Parc naturel marin, de son côté, apporte une expertise scientifique et environnementale indispensable à la compréhension des milieux et à l’évolution des pratiques.
En octobre 2022, le Parc a rejoint l’UVPO en qualité de personne qualifiée, à la suite d’une proposition de Serge Pallarès adoptée à l’unanimité.
Cette coopération constitue un exemple concret du rapprochement entre les acteurs portuaires et ceux de la préservation du milieu marin.
Une stratégie maritime et littorale pour préparer l’avenir
En juin 2026, l’UVPO a inscrit à son plan d’action une étude consacrée à la stratégie littorale et maritime des Pyrénées-Orientales, financée par le Fonds vert.
L’objectif est de mieux articuler les enjeux économiques, environnementaux et territoriaux dans une perspective de long terme.
L’avenir du littoral ne peut être envisagé port par port, commune par commune, sans prendre en compte les interactions entre les activités, les infrastructures et les milieux naturels.
Cette démarche ouvre une réflexion essentielle : quelle place donner demain aux activités nautiques, à la pêche, aux innovations, à la protection des espaces naturels et à l’adaptation au changement climatique ?
04 · L’INNOVATION
De la montagne à la mer Une économie bleue qui dépasse le rivage
L’une des particularités de l’économie bleue est qu’elle ne se limite pas aux activités exercées directement en mer.
L’eau circule depuis les montagnes et les vallées jusqu’au littoral, transportant avec elle les conséquences des activités humaines.
Dans les Pyrénées-Orientales, cette réalité prend tout son sens entre le massif pyrénéen, les bassins versants et la Méditerranée.
Banyuls-sur-Mer : la recherche au service du milieu marin
L’entreprise Plastic At Sea développe des activités de recherche consacrées notamment à la biodégradabilité des plastiques en milieu marin.
Un laboratoire de 150 m² installé sur le port de Banyuls-sur-Mer participe au développement d’un pôle territorial de biotechnologies bleues.
Cette implantation s’inscrit dans un environnement scientifique particulièrement favorable, marqué par la présence historique de l’ Observatoire océanologique de Banyuls-sur-Mer , rattaché à Sorbonne Université.
Elle illustre les possibilités de rapprochement entre recherche fondamentale, innovation appliquée et développement économique local.
Dans le Vallespir, agir en amont pour protéger l’aval
À Céret, la pépinière d’entreprises Vall-Up accompagne des projets innovants, notamment dans les domaines de l’eau et de l’agriculture.
Son positionnement rappelle une évidence souvent oubliée : la qualité de la Méditerranée dépend aussi de la manière dont les territoires intérieurs gèrent leurs ressources et leurs activités.
La préservation des cours d’eau, la gestion des consommations et les innovations agricoles participent ainsi à la protection des milieux littoraux.
À Elne, donner une seconde vie aux matériaux des bateaux
La transition écologique du nautisme ne concerne pas uniquement la conception des nouveaux navires. Elle pose également la question de leur fin de vie.
À Elne, Tubert Environnement fait partie du réseau de centres agréés de l’ Association pour la plaisance écoresponsable (APER) , chargé du traitement des bateaux de plaisance hors d’usage.
Le démantèlement, le tri et la valorisation des matériaux constituent une étape indispensable au développement d’une véritable économie circulaire.
De la conception au recyclage
Une économie bleue durable doit prendre en compte l’ensemble du cycle de vie des équipements : fabrication, utilisation, entretien, réparation et traitement en fin de vie.
05 · LE PATRIMOINE NATUREL
Le Parc naturel marin du golfe du Lion Un patrimoine exceptionnel sous la surface
Créé le 11 octobre 2011, le Parc naturel marin du golfe du Lion couvre 4 010 km² de Méditerranée.
Il s’étend de Leucate, dans l’Aude, jusqu’à Cerbère, à la frontière espagnole, sur plus de cent kilomètres de littoral.
Sa géographie est particulièrement remarquable. Au nord, les longues plages sableuses et les fonds meubles dominent le paysage. Au sud, les reliefs de la Côte Vermeille plongent dans la Méditerranée, offrant des habitats rocheux et sous-marins d’une grande richesse.
Plus au large, les canyons sous-marins révèlent une autre dimension de cet espace maritime, invisible depuis la côte.
Le Parc a pour missions d’améliorer la connaissance du milieu marin, de contribuer à la protection des espèces et des habitats et d’accompagner le développement durable des activités maritimes.
Les herbiers de posidonie, des alliés précieux et fragiles
Sous les eaux méditerranéennes se développent des herbiers de posidonie, véritables prairies sous-marines.
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la posidonie n’est pas une algue, mais une plante à fleurs.
Elle abrite de nombreuses espèces, participe au fonctionnement des écosystèmes, contribue au stockage du carbone et joue un rôle dans la protection des fonds marins.
Sa croissance lente la rend particulièrement vulnérable aux dégradations.
Pour limiter les impacts des ancrages, le Parc naturel marin gère quatre zones de mouillage équipées de 52 bouées entre Collioure et Cerbère.
Ces installations permettent aux plaisanciers de s’amarrer sans jeter directement l’ancre sur les fonds sensibles.
Cerbère-Banyuls, un patrimoine naturel emblématique
La Réserve naturelle marine de Cerbère-Banyuls, créée en 1974, occupe une place particulière dans l’histoire de la protection du milieu marin français.
Elle constitue l’un des espaces emblématiques de la Côte Vermeille, reconnu pour la richesse de ses habitats et de ses espèces.
La réserve rappelle aussi que la préservation de la biodiversité s’inscrit dans le temps long : connaissance scientifique, réglementation des usages, surveillance et sensibilisation du public.
06 · LES RÉALISATIONS
Des ports plus propres La transition écologique à l’épreuve des faits
La transition environnementale des ports ne peut se limiter aux déclarations d’intention. Elle suppose des équipements, des investissements, des procédures et des changements de pratiques.
En mai 2026, le port de Canet-en-Roussillon a obtenu la certification Ports Propres.
Cette reconnaissance s’inscrit dans une démarche de gestion environnementale qui concerne notamment les déchets, les pollutions et les pratiques portuaires.
La Région Occitanie accompagne plus largement les ports de plaisance dans cette évolution, à travers le Plan Littoral 21 et les dispositifs de soutien à la certification environnementale.
Au-delà des labels, les enjeux sont très concrets : récupération des déchets, traitement des eaux, maîtrise des consommations, limitation des pollutions et sensibilisation des usagers.
Ces actions peuvent sembler modestes lorsqu’elles sont considérées isolément. Mais leur généralisation à l’échelle des ports d’Occitanie pourrait contribuer à transformer durablement les pratiques de la plaisance.
07 · LA MÉMOIRE
La mer, une identité catalane Barques, pêche et transmission des savoir-faire
L’économie bleue ne se résume pas à des chiffres d’affaires, à des investissements ou à des innovations technologiques. Elle s’enracine aussi dans une histoire humaine.
Sur la Côte Vermeille, les ports et les villages racontent des générations de pêcheurs, de charpentiers de marine, de marins et de familles dont la vie était intimement liée à la Méditerranée.
Les barques catalanes, reconnaissables à leurs lignes traditionnelles, demeurent des symboles de cette culture maritime.
La navigation sous voile latine, avec ses techniques et ses savoir-faire spécifiques, constitue également un patrimoine vivant.
Ces traditions font l’objet d’initiatives de sauvegarde, de restauration et de transmission, portées notamment par des associations et des passionnés.
Préserver ce patrimoine, c’est conserver une mémoire collective tout en lui donnant la possibilité de continuer à vivre.
Un territoire maritime ne se définit pas seulement par ses infrastructures et ses ressources naturelles, mais aussi par les femmes et les hommes qui ont appris à vivre avec la mer.
08 · LES PERSPECTIVES
Inventer le littoral de demain Entre ambitions économiques et contraintes climatiques
Les Pyrénées-Orientales sont confrontées à plusieurs défis majeurs.
L’érosion côtière, les risques de submersion marine, l’élévation du niveau de la mer, les tensions sur la ressource en eau et les évolutions des écosystèmes imposent de repenser certains modèles d’aménagement et de développement.
Les ports sont directement concernés. Leurs infrastructures doivent pouvoir évoluer, tandis que les activités économiques doivent intégrer des exigences environnementales et climatiques croissantes.
La modernisation des installations, la réduction des consommations, la surveillance des milieux et l’amélioration des pratiques de navigation constituent autant de pistes d’action.
Mais aucune technologie ne pourra, à elle seule, répondre à l’ensemble de ces enjeux.
L’avenir du littoral dépendra aussi de la capacité des acteurs à coopérer : collectivités, entreprises, chercheurs, gestionnaires portuaires, associations et habitants.
La stratégie maritime et littorale portée par l’UVPO pour les Pyrénées-Orientales s’inscrit dans cette nécessité de réfléchir à une échelle plus large.
ÉPILOGUE
Une richesse à partager, un avenir à construire
Le territoire maritime des Pyrénées-Orientales possède des atouts remarquables : des ports dynamiques, une industrie nautique spécialisée, des entreprises innovantes, des compétences scientifiques reconnues, un patrimoine culturel vivant et des espaces naturels exceptionnels.
Le Blue Tech Show 2026 a permis de mettre en lumière une partie de cette richesse et les perspectives offertes par l’économie bleue.
Mais le véritable enjeu se situe au-delà de l’événement. Il consiste à construire un modèle dans lequel développement économique, innovation, protection des ressources et transmission du patrimoine avancent ensemble.
La double responsabilité de Serge Pallarès, à la tête de l’UVPO et du conseil de gestion du Parc naturel marin du golfe du Lion, illustre cette nécessaire convergence.
L’économie bleue ne représente pas seulement une nouvelle perspective de croissance. Elle invite à repenser notre relation à la mer, à ses ressources et à celles et ceux qui en vivent.
Préserver la Méditerranée, ce n’est pas renoncer à vivre de ses richesses.
C’est créer les conditions pour qu’elles puissent continuer à se transmettre.REGARDS DE TERRITOIRES
Le regard d’EliteLink
Regards de territoires met en lumière les lieux, les initiatives, les femmes et les hommes qui les font vivre et les patrimoines qui leur donnent une identité.
Sur le littoral catalan, l’économie bleue est à la fois une réalité productive, un défi environnemental et une histoire humaine. Elle invite à regarder la mer non comme un simple décor, mais comme un espace partagé dont l’avenir se prépare collectivement.
LE SAVIEZ-VOUS ?
La posidonie n’est pas une algue
Cette plante à fleurs forme des prairies sous-marines essentielles à de nombreuses espèces. Sa préservation concerne autant la biodiversité que la qualité des habitats marins et la durabilité des usages du littoral.
Pour aller plus loin
Présentation officielle du Parc naturel marin du golfe du Lion, de son périmètre et de ses missions.
Découvrir le Parc naturel marinGouvernance, orientations, actions et informations sur Serge Pallarès.
Consulter la gouvernance du ParcRéseau des ports, assemblée générale et plan d’action 2026.
Lire le bilan de l’assemblée généraleRecherche et connaissances scientifiques sur le milieu marin méditerranéen.
Découvrir l’ObservatoireProgramme et contexte de l’édition 2026 à Canet-en-Roussillon.
Consulter le site du salonCrédits des illustrations et photographies
Les auteurs, les sources et les licences sont précisés dans les légendes de chaque photographie. Les illustrations créées ou adaptées par intelligence artificielle sont identifiées comme telles.
Photographies : Florian Pépellin (panorama de la Côte Vermeille, amélioration par Poke2001) ; EliteLink (Blue Tech Show 2026) ; Ville de Canet-en-Roussillon (port et barques catalanes) ; Serge Pallarès (portrait transmis avec son aimable autorisation de publication) ; Olivier Dugornay / Ifremer (campagne VIDEOCHARM 2011, conditions de réutilisation à vérifier auprès de la source).
Illustrations et adaptations par IA : évocation des herbiers de posidonie et de la biodiversité méditerranéenne ; colorisation et adaptation d’une photographie du port de Canet-en-Roussillon. Ces images ne doivent pas être interprétées comme des photographies documentaires non modifiées.
Image de couverture : composition évocatrice créée par intelligence artificielle pour EliteLink ; elle ne représente pas un lieu réel précisément identifié.
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