Se souvenir des beaux moments de notre enfance à Florensac

Dans ce nouvel édito, Bernard Bardou, sommelier conseil et formateur, nous invite à revivre les souvenirs chaleureux de son enfance à Florensac et à rendre hommage à son grand-père, Émile Rigal, figure marquante de la mémoire viticole et de la Cave Florès, symbole de l’héritage coopératif languedocien.

Portrait de Bernard Bardou

Bernard Bardou

Sommelier conseil et formateur, Bernard Bardou est profondément attaché à Florensac et à la Cave Florès, où son grand-père, Émile Rigal, a marqué l’histoire de la coopération viticole. Héritier d’une mémoire familiale et collective, il partage aujourd’hui ses souvenirs d’enfance et son regard sur l’engagement des générations passées, tout en restant un ambassadeur passionné de la qualité et de l’authenticité des vins du Languedoc.

Florensac Cave Florès mémoire viticole – héritage familial et coopératif – Édito août 2025

Par Bernard Bardou, sommelier conseil et formateur


Merci à Philippe Pernet de ÉliteLink, qui me donne par l’intermédiaire de cette rubrique, l’occasion non de vous parler de moi mais de vous partager des souvenirs sur Florensac, sur la Cave Florès, mémoire viticole collective de toute une époque, et d’évoquer le nom de Emile Rigal, mon grand-père – une des grandes figures locales de la coopération d’après-guerre.
Tout ou presque me ramène à Florensac, rue du Docteur Corbin, et les rues autour où vivaient mes grands-parents maternels : Valentine (née Vacassy) et Emile Pierre RIGAL dit Pibouli. Ma maman est née, a vécu sa jeunesse et repose dans le cimetière de Florensac.
Né à Béziers au cours de l’hiver 1960, je suis venu régulièrement pendant les vacances de février, de Pâques ou d’été à Florensac, comme le montre cette photo prise en Juillet 1962.

Bernard Bardou avec ses grands-parents - Juillet 1962
Bernard Bardou avec ses grands-parents
Bernard enfant 1963
Bernard Bardou enfant – Juillet 1963, journée à la mer

Et comme tout gamin, j’avais mes rituels :
Faire le tour du village par le chemin de la digue pour aller chez ma tante Henriette CAMBON (née Rigal) pour arriver au 2 rue St Esprit . Sentir l’odeur du vin dans les cuves en ciment.
Jouer sur le tas de sable sous la terrasse.
Le bruit du marteau sur l’enclume et courir pour aller voir le maréchal-ferrant dans l’impasse à l’angle de l’ancienne porte de St Thibéry.
Partager un moment de complicité et d’échanges autour d’un goûter avec ma tante, Emma (née Vacassy) impasse Bel-Air.
Regarder une partie de tambourin depuis la terrasse de Renée et Richard Cambon, au 1 rue Marat.
Mettre mes mains dans la corbeille à linge pleine de « merveilles » (Les Oreillettes) de Renée Cambon.
Sentir le sable chaud sous mes pieds ; l’odeur si particulière quand on partait à la Mer, du côté de Marseillan.

Beaucoup de souvenirs me ramène à mon grand-père Emile RIGAL, viticulteur et coopérateur à la Cave Florès :
Partager un petit déjeuner « salé » avec lui, quand il revenait de la vigne (entre 9h30’ Et 10h) pour me récupérer et m’amener partager sa matinée dans les parcelles qu’il travaillait.
Passer chercher un morceau de saucisse sèche, ou des côtelettes d’agneau chez René Gély, le boucher un peu plus bas dans la rue, pour ensuite les partager avec lui.
Aller chercher derrière le mazet, à la demande de « mon pépé », des sarments et des « souquets » (petites souches) pour réparer le feu pour la grillade.
Pique-niquer au mazet, avec ma mère et mon frère ou seul comme un grand, avec mon grand père.
Cueillir les premiers raisins dans la vigne et les manger tout de suite ; il connaissait par cœur le rang n° 4 et le cep n°10 où je devais ramasser du Muscat, ou un peu plus loin du Cardinal ou de l’Alphonse Lavallée.
La première gorgée de vin (coupé avec de l’eau) dans un vrai verre à dégustation et tout d’un coup, on se sent faire partie du monde des « grands »

Ce n’est qu’à l’adolescence et à l’âge de 20 ans lors de ses obsèques, où tous les gens importants : hommes politiques, responsables du monde économique et financier étaient présents que je me suis rendu compte progressivement du personnage, du « Monsieur » qu’il était.

D’abord viticulteur-coopérateur, puis administrateur, il a été Président de la Cave coopérative de Florensac, pendant plus de 10 ans dans les années 1960 – 70. En parcourant les notes de certains de ses carnets récupérés dans les affaires de ma maman, j’ai compris à quel point ce fut un homme droit, engagé dans des combats et des actions pour l’intérêt général, pour la justice et une juste redistribution des fruits du travail. Il aurait pu être dans la colère et la résistance face au poids et à la pression du négoce languedocien, mais non il a été à l’initiative collective de la création des zones de stockage du vrac pour permettre aux viticulteurs, à la cave, de vendre leurs « jus » au meilleur prix. Et même s’il a dû avec son fils Claude Rigal, décédé prématurément, adapter son vignoble au marché, il gardait un amour pour deux parcelles : l’une, un vieil Aramon sur le secteur limitrophe à Castelnau de Guers et un vieux Carignan sur le coteau, non loin du château de Veyrac.

Il n’était pas chauvin et ouvrait volontiers, lors de nos repas pris en famille, une bouteille de ses copains de la cave de Berlou ou Roquebrun dont il appréciait le travail qualitatif ( il adorait les vins de Schistes). Toutes las agapes se terminaient par un verre de carthagène et une (le temps des cerises) ou deux chansons (Les roses blanches de Berthe Sylva) entonnées par ma grand-mère Valentine.

Il pouvait passer pour dur et intransigeant, mais c’était toujours dans un souci de justice et de mener à bien les dossiers délicats qu’il traitait. Il a été un des précurseurs, un des maillons forts de cette chaîne humaine d’hommes et de femmes qui ont contribué par leur sueur, leur réflexion et leur engagement à faire de Florès, le fleuron qu’elle est, et de la transmettre le flambeau en de bonnes mains aux générations qui lui ont succédé, qui nous permettent aujourd’hui de repenser à nos ainés.

Vendanges 1958 à la Cave de Florensac
Vendanges 1958 à la Cave coopérative de Florensac
mémoire viticole de la Cave Florès – 1962

Remerciements :
Merci à Kelvine Gouvernayre du Service Notoriété des Vins IGP pays d’Oc dont nous sommes partenaires sur leurs animations grand public, de m’avoir mis en contact avec Sandy VIECO qui m’a convié avec mon épouse Noëlle, à nos premières soirées du Cercle des Epicurieux.

Merci à Stéphane Roques, le Directeur de la Cave Florès, pour m’avoir permis de participer à la fête des 90 ans de la Cave, une façon pour moi d’honorer nos anciens et mon grand-père lors de ce temps fort de la Cave.

Enfin merci à Claire Colin et Nicolas Gros pour m’avoir associé au premier dîner accord Mets & Vins, des « 4 Saisons de Florès » : une belle soirée, une salle comble et de beaux échanges avec les participants.

Bon Vent pour le Cercle des Epicurieux, repris par Philippe Pernet, qui nous prépare une belle saison 2025 -2026, on a hâte d’y être !

Écrit et terminé à St Jean de Fos (34), ce 5ème jour du mois d’août 2025.

Bernard BARDOU
Sommelier Conseil Formateur

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