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Archive sonore

La voix d’Henriette Dorion-Sébéloué

Nous vous proposons ici l’écoute intégrale d’un document audio rare : l’intervention d’Henriette Dorion-Sébéloué prononcée le 25 juin 2009, dans le cadre d’une rencontre consacrée à la mémoire, à la transmission et aux grandes figures de la liberté. Cet enregistrement prolonge le très bel hommage qui lui est ici rendu.
Henriette Dorion-Sébéloué
Henriette Dorion-Sébéloué.
Photo intégrée à cet hommage publié par EliteLink.

Écouter Henriette Dorion-Sébéloué, c’est entendre une parole habitée par la mémoire, la transmission et l’exigence d’humanité. Dans cette intervention, elle rappelle avec force que le souvenir n’a de sens que s’il devient vivant, partagé et transmis aux jeunes générations.

Écoute intégrale du discours
Enregistrement du 25 juin 2009 • durée : environ 8 minutes
Vous pouvez écouter ici l’intervention dans son intégralité, sans coupe ni adaptation, afin de conserver toute la portée humaine et mémorielle de cette prise de parole.
« Un très bel hommage se prolonge ici par la force de la voix : une parole de conviction, de transmission et de mémoire. »

Contexte

Cet enregistrement a été réalisé lors d’une rencontre organisée à Paris autour de la mémoire de grandes figures ayant marqué l’histoire de France et des Outre-mer. La présence d’Henriette Dorion-Sébéloué y prend une résonance particulière, tant sa parole s’inscrit dans une exigence de transmission, de reconnaissance et d’humanité.

Transcription du discours

Pour prolonger l’écoute, nous proposons ci-dessous une transcription relue de l’intervention d’Henriette Dorion-Sébéloué.

Lire la transcription complète

Monsieur le Préfet, vous avez presque tout dit. En tous les cas, je vous remercie d’avoir consacré ces quelques heures à nos amis, surtout que vous êtes porteur de nombreuses charges. En tous les cas, croyez que je suis très sensible à votre présence ce soir.

Chers amis, je dis chers amis à l’intention de tous, bien que dans cette salle, en respectant certaines hiérarchies, j’aurais pu citer monsieur untel, délégué de, madame untel, délégué de ceci et cela. Non, je veux volontairement mettre l’accent sur le caractère donné à cette rencontre.

Elle aurait pu ne pas avoir lieu, mais les hasards existent. Et figurez-vous que je suis fille du hasard et que je sais toujours saisir les hasards, qu’ils soient bons ou mauvais ; de toute façon, ils me servent. Donc, si nous sommes aujourd’hui dans cette salle Félix Éboué, ce n’est pas un hasard, mais c’est un hasard dont je sais me servir.

Je voudrais saluer ici tous ceux qui se sont arrangés pour être présents parmi nous. Et j’ai bien insisté sur le fait qu’il ne s’agissait pas d’un colloque, qu’il ne s’agissait pas d’une rencontre intellectuelle particulière. Non, il s’agissait d’une rencontre conviviale, de façon à ce que l’accent soit mis sur le devoir de mémoire, sur le souvenir que l’on galvaude ici et là de temps en temps.

Mais comme je ne me contente pas des mots, mais surtout de l’action, j’ai voulu vous montrer que, par le truchement des jeunes enfants, on peut arriver à mieux se connaître, à mieux s’accepter, autrement dit, à bien avoir conscience de son identité.

Je tiens à saluer en particulier les descendants de la famille Schoelcher qui se trouvent dans cette salle, parce qu’il y en a. Ils n’y sont pas tous, mais je vais leur demander de se lever.

[Applaudissements]

Et je vous signale qu’ils se sont levés très tôt ce matin, qu’ils sont partis de Fessenheim, le berceau de Victor Schoelcher, que je vous invite à visiter, parce que le président des Amis de Victor Schoelcher, Émile Beringer, est là.

[Applaudissements]

Et grâce à lui, on peut retrouver, dans cette ancienne maison qu’il a retapée, qu’il a refaite avec les maigres moyens qu’il avait, le plaisir d’une exposition de nos passages à Fessenheim. Je peux vous dire que vous ne regretterez pas de passer par là si vous allez en Franche-Comté faire une tournée.

Voilà. Je tiens à saluer, bien entendu, tous les amis qui se trouvent dans les associations du souvenir dans lesquelles je me trouve. Et je ferai comme vous, je ne les énumérerai pas.

Cependant, il y a des noms qui sont indissociables, et vous me pardonnerez de ne pas insister, d’éviter de ne pas nommer, ou plutôt de nommer le président Gaston Monnerville, parce que vous avez à peine effleuré la question tout à l’heure en disant : effectivement, si Félix Éboué et Victor Schoelcher se trouvent tous les deux au Panthéon, c’est grâce à Gaston Monnerville.

Et si vous ne savez pas qui est Gaston Monnerville, je vous engage à commencer à le chercher, parce que l’année prochaine, vous entendrez parler de lui pendant de très longs mois. Je n’en dis pas davantage.

[Applaudissements]

Je tiens à saluer Philippe Martial, ici présent. Philippe Martial, c’est notre érudit, c’est notre encyclopédie. C’est le secrétaire général de la Société des Amis de Gaston Monnerville. C’est grâce à lui que nous avons toutes les archives concernant le Sénat, d’abord parce qu’il est directeur honoraire des archives du Sénat. Et c’est grâce à lui que nous avons tous les documents concernant nos grands hommes.

Et quand je dis nos grands hommes, je pense à Hortenole, je pense à Félix Éboué et je pense à Gaston Monnerville, bien sûr.

Par association d’idées, monsieur et madame Lagravière, qui se trouvent là, sont des amis, et le pasteur Lagravière, votre père…

[Applaudissements]

Voilà, je vous en prie. Le pasteur Lagravière était un des amis de Gaston Monnerville et je peux vous dire que c’est grâce à eux…

Il y a quelqu’un que je ne vois pas, la nièce du président, Sylvie Deriche. Ah oui, voilà. Grâce également à Sylvie Deriche…

[Applaudissements]

…qui est la nièce du président Monnerville, eh bien c’est grâce à eux, c’est grâce à leurs parents, c’est grâce à leur bon vouloir que nous avons aujourd’hui les meilleures archives concernant nos grands hommes.

On ne peut pas citer les uns sans citer les autres. Dites-vous bien qu’ils sont ensemble. Vous aurez au moins appris cela en partant d’ici. Même si ce n’est que cela, vous le retiendrez. Et cela vous donnera envie d’aller voir ce qui se passe tous les ans au Panthéon.

Parce que depuis soixante ans, depuis le jour où Gaston Monnerville a officiellement fait entrer Victor Schoelcher et Félix Éboué au Panthéon, eh bien depuis ce moment-là, depuis le 19 mai 1949, tous les ans au Panthéon, il y a une cérémonie qui honore ces grands hommes.

Si je n’avais pas connu le président les dix dernières années de sa vie, il y a beaucoup de choses que je n’aurais pas su.

Voilà. Alors, je n’en dirai pas davantage parce que tout à l’heure, vous entendrez André Bendjebbar, qui fait partie de notre équipe actuellement et qui également, par sa sensibilité, vous dira ce qu’il pense de ces hommes-là, pour que vous sachiez désormais d’où ils venaient, ce qu’ils avaient dans la tête et dans le cœur.

En tous les cas, retenez au moins une chose : c’est que sans Félix Éboué, peut-être que l’Alsace-Lorraine ne serait pas française aujourd’hui. Je parle sous votre contrôle. Pour styliser, Félix Éboué a conduit toutes les troupes de la Libye, du Tchad, et les a amenées pendant la guerre de façon à bouter l’ennemi. C’est ainsi qu’on parlait à l’époque.

Bon. En tous les cas, aujourd’hui, voilà ce qui se passe. Et son pays d’origine, la Guyane, est française avant l’Alsace-Lorraine. Il faut le savoir. Tout ça, ça n’a l’air de rien, mais au moins, au moins, vous le saurez.

Et les enfants que vous verrez évoluer tout à l’heure, eh bien ces enfants, grâce aux textes que nous transmettions à leur institutrice, grâce à certaines manifestations auxquelles ils ont accepté, avec gentillesse, certains samedis au Panthéon, eh bien ils avaient le désir d’imaginer ce que pouvait être la France, et bien d’autres pays, à l’époque d’un Schoelcher, à l’époque d’un Félix Éboué.

Alors bien sûr, ce ne sont pas des artistes. Peut-être qu’un jour ils deviendront des artistes confirmés. C’est comme ça que les choses se passent. Mais je vous demande, en toute votre bienveillance pour ces enfants qui peut-être vont trembler un peu devant vous, mais le cœur y est : ils sauront exactement qui étaient les grands hommes de la République française, à côté de ceux que l’on connaît déjà.

Les nôtres y étaient également et ils sauront quoi dire, quoi faire. Et je n’ai aucune appréhension pour l’avenir qui leur est réservé.

Merci.

[Applaudissements]